En Fëador, depuis la nuit des temps, Norëfea, le peuple de l'esprit, entretient d'étranges liens avec les animaux.
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 Quête d'Ilerian HafdöttilVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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Ilerian Hafdöttil




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MessageSujet: Quête d'Ilerian Hafdöttil   Sam 1 Sep 2007 - 13:24

Quête d’Ilerian




¤ Prologue ¤




Le vent maritime courait sur la plage de Celebëar, transportant dans sa course des pans entiers de sable, qui se balançaient souplement sous ses à-coups, formant par endroits de minuscules tornades, qui retombaient bien vite sur le sol. Le soleil était bien haut dans le ciel, et, depuis des heures déjà, une silhouette se dressait immobile sur les dunes, insensible aux assauts conjugués de la houle et de la forte brise qui la forçait à plisser les yeux. Ses longs cheveux dansant derrière elle, Ilerian semblait veiller sur la plage qu’elle embrassait de son regard lointain, silencieuse gardienne de la grise pureté de l’océan.

Elle était partie si loin en pensée, son âme naviguait désormais si loin sur les flots tumultueux qu’elle ne sentait pas l’astre solaire qui l’attaquait maintenant ouvertement, brûlant son visage et ses épaules dénudées, qui peu à peu passaient d’un blanc pâle à un brun hâlé teinté de cramoisi. Mais les brûlures du soleil elles-même n’auraient su la ramener de là où elle était.

Ilerian faisait son deuil. Elle savait que Tadjel était morte, et qu’elle devait dorénavant accepter le vide qu’elle avait laissé dans son esprit, et puis le combler. Si sa tristesse était sans faille, elle sentait confusément que sa relation avec Tadjel n’avait été qu’un lien sauvage et incomplet, et que viendrait un jour, plus tard, des années plus tard peut-être, un autre Compagnon, qui serait la moitié de son esprit propre, qui serait elle-même et plus qu’elle-même, un Compagnon qui serait son âme. Elle le trouverait, cet être dont, confusément, elle entendait déjà comme un appel, un échos lointain et indistinct. Le temps viendrait, elle le savait, où ils seraient tous deux prêts à se rencontrer, et à s’unir à jamais. A la vie. A la mort.

Mais, auparavant, elle devait apprendre les Traditions et les usages du Lignage, tous les enjeux que renfermait cette magie qui était sienne et qui lui était encore inconnue. Lire, apprendre, étudier, ressentir, percevoir et discerner le cœur du Vif, connaître autant que possible cette part de son âme. Se connaître elle-même. Alors, elle en avait conscience sans réellement y penser, sans réellement s’en rendre compte, son Compagnon l’appellerait. Elle saurait.

Mais la première étape de tout cela, la première étape de cette quête, avait un nom et une image : la Bibliothèque, cette haute tour aux pierres blanches qui dominait la Cité de Minas Nolë. Et le présent qu’elle devait faire à ce bâtiment, et à ceux qui y œuvraient.

Elle fit un pas, hésitante, ses membres engourdis par cette longue immobilité, puis un autre, un peu plus sûr, et reprenant sa contenance, elle franchit ainsi d’une démarche assurée la distance qui la séparait de la mer, foulant de ses pieds légers le sol mouillé que venait de rendre pour un temps à la terre l’océan qui s'éloignait. Elle ôta ses souliers et les laissa simplement là, sur la plage, et continua d’avancer, jusqu’à ce que l’eau lui arrivât aux chevilles. Là, elle s’immobilisa un instant, se baissa et plongea ses mains jointes dans l’onde limpide, monta ses paumes emplies de l’insaisissable liquide jusqu’à ses lèvres et goûta doucement l’eau de la mer. Elle aimait cette eau salée, cette odeur profonde et infinie qui était un peu la sienne. L’océan, plus que tout autre lieu, était sa patrie et sa demeure.

Alors elle commença de longer les flots, marcha quelques temps, les yeux fixés sur l’eau à ses pieds, puis, enfin, aperçut ce qu’elle cherchait : un os de seiche, resplendissant sous l’éclat blanc du soleil, gisait sur le sable humide, à quelques pas de là. Un petit sourire satisfait sur les lèvres, Ilerian s’en saisit, et s’assit sur place, laissant son regard se perdre encore une fois dans l’infinité océane. Puis, prise d’une subite inspiration, elle sortit d’un replis de sa robe un coutelas et grava sur l’os éclatant de blancheur une mouette qui ressemblait à s’y méprendre à sa regrettée Tadjel. Ainsi, ce présent marquerait la fin de son deuil, et son entrée dans une nouvelle vie, sa recherche d’un nouveau Compagnon. Satisfaite, elle jeta un dernier coup d’œil sur son œuvre, qu’elle rangea avec le petit poignard dans la petite poche aménagée il y a si longtemps par sa mère adoptive afin qu’elle y range ses effets personnels.

Enfin, elle se leva, et reprit le chemin de la Cité. Elle franchit les portes d’un pas léger. Elle était arrivée la veille seulement, mais comptait bien se mettre dès maintenant à ce qui l’avait menée ici, son étude du Vif et des Traditions du Lignage. Elle parvint enfin à la Bibliothèque, dont elle franchit rapidement les marches, jusqu’à arriver au sommet. Là, elle déposa sur la tablette visiblement prévue à cet effet le présent qu’elle avait confectionné pour marquer son entrée ici. Elle parcourut un instant du regard les hauts rayonnages emplis des ouvrages les plus divers. C’était à vrai dire la première fois qu’elle entrait dans une Bibliothèque, et voir tant de livres assemblés en un même lieu l’impressionnait hautement. Un tel monument de savoir ! Elle ne parvenait pas à imaginer la quantité de connaissances qu’elle pourrait acquérir si elle lisait tous ces ouvrages. Mais le temps d’une vie n’y aurait assurément pas suffi, hélas, et elle devrait se contenter de bribes avant de continuer sa quête plus avant. Elle espérait que cela suffirait à lui apporter un enseignement aussi complet que possible des coutumes et des pouvoirs du Lignage. Après quelques temps d’errance, elle trouva enfin ce qu’elle cherchait : le Registre des Quêtes. Elle saisit la plume qui reposait à côté du livre, et entama, d’une écriture hésitante et inclinée :



    J’aimerais entamer une quête, ici tout d’abord, afin d’en apprendre autant que possible sur le Lignage, ses coutumes, ses possibilités et ses usages, puis partir à la recherche d’un Compagnon.


Elle reposa la plume, jeta un regard autour d’elle. Il n’y avait personne. Elle fit alors demi-tour, et repartit explorer les méandres du bâtiment, se saisissant parfois d’un ouvrage afin de le feuilleter, puis le reposant sur les étagères en chêne massif, résistant à l’envie de s’y plonger, de s’immerger, de se loger confortablement entre ces lettres qui la fascinaient et l’attiraient. Mais elle le reposait invariablement, impatiente qu’elle était de connaître la réponse des Gardiens à sa requête.


Dernière édition par le Jeu 11 Oct 2007 - 17:42, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Quête d'Ilerian Hafdöttil   Mar 4 Sep 2007 - 10:04

Silverin et Azraël parlaient joyeusement. Ils aimaient bien ces conversations tranquilles.
Silverin était un jeune homme assez petit, le cheveu noir, le visage marquant une certaine rondeur et une joie certaine.
Azraël, au contraire, était grand, et cela était d'autant plus souligné par sa fine silhouette. Il avait le port fier de son Compagnon ; avec le temps, son pas avait pris l'allure dansante du cerf et ses cheveux le blanc de la neige. Il se faisait vieux. Néanmoins, ses épaules restaient droites et son regard perçant.

Ils faisaient donc une étonnante association, ces deux hommes, l'un marchant à petits pas et l'autre à pas dansant.
Au détour de leur conversation, entre les rayonnages sur la peinture et celui sur l'esclavage, ils arrivèrent à l'énorme tome du Registre. Azraël remarqua tout de suite qu'une nouvelle demande y était inscrite. Depuis les nombreuses années qu'il était Gardien des Traditions, il connaissait presque le Registre par coeur à force de guetter les nouvelles demandes et de lire les anciennes - certaines étaient vraiment originales, marrantes, voire s'orner de petits dessins.

Il prit la plume posée un peu plus tôt par Ilerian et traça un chemin partant vers l'horizon.


Tu crois qu'il comprendra ? Visiblement, Silverin n'était pas très convaincu de la réponse.

Bien sûr ! s'exclama le vieux Gardien. Ils comprennent tous, lorsqu'ils sentent l'Appel. Viens, installons-nous là. Comme ça, on sera aux premières loges.

Ils s'assirent sur des sièges à proximité. Azraël fit très attention à avoir le Registre dans son angle de vue.
La conversation reprit.

_________________
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Le Chroniqueur, gardien du temps.
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MessageSujet: Re: Quête d'Ilerian Hafdöttil   Jeu 11 Oct 2007 - 18:10

Le temps passait. Ilerian essayait de ne pas quitter le Registre des yeux, mais elle avait peur d’être vue. Sans trop savoir pourquoi, elle ne voulait pas. L’habitude, sans doute, la méfiance qui lui était devenue habituelle, et l’indicible peur qu’elle avait à s’ouvrir ainsi à tous vents. Elle aurait voulu que nul ne sache de qui provenait ce message. Qu’était-il, en effet, sinon son âme exposée au monde, son secret le plus dangereux ainsi rédigé sur cette feuille ?

Et elle aurait voulu voir celui qui répondrait sans être vue elle-même. Après tout, ce n’était peut-être qu’un vieux réflexe de chasseuse. Cela importait peu, en soi, et elle ne se faisait ces réflexions en vérité que pour meubler son attente. Elle n’avait en effet vu personne s’approcher du Registre. Elle se saisit d’un livre au hasard, lut une demi-page, mais son esprit n’y était pas, et elle le reposa bientôt. Puis, de façon un peu bête, décida dans un espoir un peu ridicule d’aller voir si, par hasard, quelque chose avait été inscrit sur le gros Livre des Quêtes. Elle s’approcha, mine de rien. Deux hommes discutaient non loin de là, un petit homme d’apparence assez jeune, et un grand monsieur aux cheveux blancs comme la neige. Elle hésita. Ils la verraient sans doute. Mais ils discutaient tranquillement, et elle se décida à s’approcher du Registre. Au premier regard, elle se le reprocha. Il n’y avait rien. Elle aurait dû s’en douter. Elle ne l’avait pas quitté des yeux assez longtemps pour qu’on pût y inscrire quoi que ce soit, elle aurait dû s’en douter. Ou peut-être n’était-elle simplement pas digne d’apprendre le Vif.

Elle s’apprêtait à faire demi-tour et à tâcher de se mettre sérieusement à étudier les manuscrits quand, jetant un dernier regard sur le Livr,e elle y aperçut quelque chose, comme un trait d’encre. Elle s’avança plus encore, et constata qu’en effet, il y avait là un trait, un simple trait, qui se perdait dans la feuille. La jeune fille resta quelques instants interloquée. Ca n’avait pas de sens, non ? Ou, peut-être… Oui, peut-être était-ce en vérité le plus clair des messages, sans mots pour troubler le lecteur, sans mots ambigus et trompeurs. Un trait… Ou plutôt… Un chemin ? Oui, c’était cela. Un chemin qui partait vers l’horizon ! Comment avait-elle pu en douter ? Elle se redressa et s’éloigna doucement, d’un encore un peu hésitant, de ce Registre.

Bien. Elle avait donc l’accord… L’accord de qui, en fait ? Elle n’avait pas dû prêter une attention assez grande, elle n’avait vu personne. Peut-être ces deux hommes, là, assis à côté ? Peut-être. Mais ça n’avait pas tant d’importance, qu’ils gardent leurs secrets s’ils y tenaient. Elle pouvait partir en quête, et si elle ne se sentait pas encore prête, elle avait encore du travail devant elle pour s’y préparer.
Elle s'en alla dès lors parcourir avec davantage d’entrain qu’auparavant les rayonnages débordants de savoir, et choisit soigneusement quelques ouvrages, l’un sur les contes du Lignage, rédigé par un certain Tom Blaireau, un autre sur les animaux, et quelques essais d’aspect quelque peu obscurs qui paraissaient traiter de la magie du Vif, de ses usages, ses méthodes et sa morale. Vacillant sous le poids de la connaissance, elle se dirigea vers une table située non loin des deux hommes qui discutaient, et posa quelque peu lourdement le fruit de ses recherches sur le bois ciré. Elle sortit de la petite sacoche qu’elle portait au côté un morceau de parchemin, une plume d’oie et un encrier, et se plongea dans ses édifiantes lectures.
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Ilerian Hafdöttil




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MessageSujet: Re: Quête d'Ilerian Hafdöttil   Lun 29 Oct 2007 - 12:09

Ses recherches durèrent plusieurs heures. Elle avait cependant le soir-même achevé les Contes du Lignage quand elle leva enfin les yeux du manuscrit. Elle écarquilla un instant les yeux. Dehors, déjà, le soleil s’était abaissé et s’apprêtait maintenant à embraser l’horizon. Une sublime lueur rouge avait envahi la bibliothèque. C’était magnifique. Ilerian se sentait bien. Elle observa les essais qui lui restaient à parcourir. Elle reviendrait le lendemain. Il lui fallait continuer. Elle voulait tout comprendre, elle voulait que les livres lui racontent tout du Vif avant de démarrer réellement sa quête. Elle partit, rentra à pas pensifs à la Taverne, où elle passa une nuit calme, la première nuit depuis la mort de Tadjel où elle n’entendit pas en rêve son cri de douleur, sa dernière plainte à l’instant de son départ. Une belle nuit, vraiment.
Elle se leva tôt, le lendemain matin, le jour n’était pas même encore levé, et prit à nouveau la direction de la Bibliothèque.
Alors qu’elle allait en franchir les portes, un conte qu’elle avait lu la veille lui revint en mémoire, un conte qui lui avait particulièrement plu. Quelle était sa morale, déjà ? Elle disait qu’il fallait écouter son cœur. N’aurait-elle pas mieux fait de suivre ce conseil ? Le Gardien sur le Registre avait inscrit un chemin vers l’horizon, non vers la Bibliothèque. Elle sentait confusément que le moment était venu de partir. Les livres lui avaient assez servi, mais ce n’étaient pas de vieux manuscrits qui lui livreraient les clés de son âme. Oui, elle sentait indubitablement que le moment était venu de partir.
Elle fit demi-tour, à pas lents. Elle se sentait indiciblement bien. Elle n’hésita pas sur la route à suivre. C’était évident. Elle alla vers la mer.
Le jour se levait quand ses pas foulèrent la plage, et l’emportèrent jusqu’à l’océan. L’océan. Elle resta un instant à contempler cette immensité qui, plus que tout autre lieu, était sa patrie, son refuge, son pays.
Et soudain, elle sentit en son âme que l’océan l’appelait. Mais était-ce réellement l’océan ? La voix était la même que celle qui berçait ses rêves depuis toujours, ce chant étrange qui avait veillé sur elle dans le bateau, dès l’instant de sa naissance, et qui avait depuis été son seul refuge devant les malheurs, ce chant sans paroles dans lequel elle se plongeait dans les temps difficiles de son enfance.
Elle fit quelques pas dans les eaux, fendant les ondes limpides de l’immensité océane. Les flots la caressaient, et il lui sembla qu’elle était devenue une partie d’eux, une minuscule et pourtant immense partie de ce tout immense qu’était l’océan. Elle allait se perdre dans ses flots, s’oublier à jamais, se noyer dans cet infini qui l’entourait et l’envahissait, quand le chant soudain se rapprocha. Non, ce n’était pas le chant de l’océan. Il lui ressemblait pourtant, s’unissait avec lui en une harmonie parfaite, la voix sans fin de l’océan sans limites, et Sa voix, unie à tant d’autres encore, mais en l’esprit d’Ilerian les surpassant et formant la perfection qu’elle avait toujours recherché. Elle tendit son esprit vers eux, ouvrit toute grande son âme émerveillée.
C’est alors qu’elle le reconnut. Il avait pourtant toujours été là, et maintenant encore, il n’était pas loin. Elle murmura son nom. Car comment aurait-il pu se nommer autrement ?
Frère-des-Eaux.
Il était son âme, l’autre moitié de son âme jusqu’ici incomplète, et en cet instant, ils allaient s’unir, leurs deux âmes se rencontreraient, elles qui pourtant depuis toujours marchaient côté à côté, et enfin ils ne seraient plus que les deux moitié distinctes d’un même esprit, ce tout merveilleux qu’Ilerian avait toujours pressenti sans jamais réellement le deviner.
Elle avança d’un pas encore et il apparut, sa longue corne fendant les flots, et ce fut comme s’il avait toujours été là.
Il vint jusqu’à elle, et quand elle le toucha, un sourire s’épanouit sur ses lèvres.

Enfin, te voilà.
Je n’ai fait que t’attendre.

Elle ferma les yeux. Oui, enfin, ils étaient unis. Il lui restait cependant un doute. Elle ne pouvait pas vraiment y croire.

Frère des Eaux.

Il la regarda, et ses yeux souriaient.

C’était toi, n’est-ce pas ? Il y a seize ans ? C’était déjà toi.

Il n’y avait pas besoin de réponse, et le narval ne répondit pas non plus. Oui, c’était déjà lui qui l’avait sauvée si longtemps auparavant, lui qui d’une façon ou d’une autre avait guidé la frêle embarcation qui abritait son corps de nourrisson, lui qui avait veillé sur elle toutes ces années, lui qui l’avait menée jusqu’à cet instant de retrouvaille. Leurs deux âmes désormais ne faisaient plus qu’une. Sans un mot de plus, le narval dressa bien haut sa tête large, puis, d’un œil complice, la poussa précautionneusement de la pointe de sa corne torsadée, l’invitant à l’accompagner dans les profondeurs marines.
L’enfant rit, doucement, puis agrippa fermement le corps lisse de l’animal. Celui-ci plongea doucement, et l’emmena visiter son univers marin, l’emporta. Cela dura longtemps, peut-être, des heures, des jours, quelques minutes. Elle n’aurait su le dire. Ils plongeaient tous deux, exploraient les fonds superbes de l’océan, leur demeure, leur père à tous deux, remontaient parfois, car la jeune fille, si elle se sentait plus narval qu’humaine, n’était pas affranchie des contraintes dues à son espèce. Enfin, tous deux, las et heureux, revinrent sur le rivage, et le narval et l’enfant se dirent adieu pour un temps. De toute façon, ils ne se quitteraient pas. Plus jamais, maintenant, plus rien d’autre que la mort ne saurait les séparer.
Alors, la jeune fille couverte de d’écume se dirigea vers la cité. Ses pas étaient mesurés et amples, elle souriait. Dans sa main, il y avait un os de seiche, un autre. Sur celui-ci, seulement, le dessin n’était pas le même. On y voyait un narval, bien-sûr, u narval et une enfant nageant ensemble au ras des vagues imposantes. Heureux. Elle alla jusqu’à la bibliothèque, entra et déposa à l’endroit prévu à cet effet le présent qu’ils avaient tous deux constitué. Un petit morceau de parchemin orné d’une écriture fine et tremblante, était posé à côté de l’offrande. Et, dessus, un seul mot. Merci.
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